Aller au contenu
Sangha des Montagnes et des Nuages
  • Expressions de la Voie
    • La voie du zen
    • La pratique
    • La Technique Alexander
    • La couture du Kesa
    • La calligraphie
  • Notre philosophie
    • Notre Lignée
    • L’enseignant-racine, Pierre Taïgu Turlur.
    • Devenir un élève
  • Actualités et Enseignements
  • Lieux de pratique
    • Sangha des Montagnes et des Nuages de Poitiers
    • Ermitage Myounsansuian
  • Contact
Enseignements

La voie des oiseaux

  • 1 avril 202625 mars 2026
  • par Nathalie Mokushin Cosson

Le Maître Xíngsī était la plupart du temps juste silencieux, absorbé dans une pratique maintenue.1
Marque d’une profonde réalisation ou protection bien rodée ? Calme insondable ou affirmation d’une supériorité hautaine, emprunte de dignité ? Le Maître avait suffisamment pratiqué pour reconnaître l’écueil. Conscient de ne pas pouvoir traverser cette situation, il se rend auprès du Patriarche Huìnéng ; il vient franchir la barrière. Il avance, il n’en a pas fini, il doit encore s’engager, s’efforcer. Mais de quoi ? Aussi, sa première parole fût-elle de demander conseil : »A quoi faut-il s’efforcer pour ne pas déchoir de niveau ? » Sûrement y avait-il quelque chose à préserver pour ainsi craindre de déchoir. Attachement subtil à un état, mais aussi sentiment d’avoir atteint le but ; l’impasse et l’ennui guettaient !

Par sa réponse, le Patriarche Huìnéng l’enjoint à redescendre de son piédestal et à plonger directement au cœur de la réalité : « Qu’en êtes-vous donc venu à échafauder ? » En effet, et Xíngsī le reconnaît immédiatement, « Les Sages Vérités elles-mêmes ne fabriquent pas. » Il n’y a rien à fabriquer, pas même un cheminement qui s’appuierait sur les écritures, seraient-elles les Sages Vérités elles-mêmes. On ne fabrique pas une compréhension, fût-elle basée sur de merveilleux enseignements, tout aussi provisoires et sans substance que n’importe quel objet ; on ne peut pas discourir sur la vacuité. Keizan nous le rappelle : « Ceux qui se fondent sur les écritures pour résoudre le sens de cet espace ont, depuis les temps anciens, déchu dans la vue (selon laquelle) « tous les dharmas sont vides », et ont fabriqué l’interprétation (selon laquelle) les dix mille dharmas seraient abolis et cesseraient. » On ne peut pas discourir sur la cessation. On ne peut que cesser. Et abandonner. Keizan est très clair : « La nature véritable de cette ouverture spirituelle ne relève pas d’une discrimination accomplie, mais en tant que complet accomplissement, de la sagesse de ronde clarté ! »
Ce n’est pas parce qu’il existe des phases dans la compréhension, ce n’est pas parce qu’il y a changement et développement que tout n’est pas pénétré à chaque instant dans une simultanéité et une réciprocité invisible et indicible.
Parce qu’en effet, de quel niveau déchoirait-on ? Peut-on seulement parler de niveau, d’étape ou de chemin dans un espace totalement ouvert ? Pourtant ouvert ne signifie pas vide ; sans opinion ni hypothèses de niveau ou d’étape, sans hiérarchie dans la réalisation, certes, mais cela n’implique pas pour autant une dissolution ou une disparition de quoique ce soit. Pour cela, il y faudrait encore du fabriqué. Pour disparaître, il faut bien que quelque chose ait été créé. L’ouvert sans bord aurait certainement plus à voir avec la complétude ou même la plénitude dont rien, absolument rien, ne peut être exclu. Quels que soient nos préférences, nos souhaits ou nos révulsions. Rien à rajouter, rien à retirer, rien de superflu, rien de manquant2,rien de caché, rien de révélé ! Exit l’idée de révélation, l’aspiration à un état supérieur, la notion même d’éveil foulée aux pieds. Tout sentiment d’avoir compris, d’avoir atteint quoique ce soit n’étant qu’une énième fabrication. Connaissance ou prise de conscience ne nous sont d’aucune utilité ici. « Cette sagesse n’est pas non plus discernable au moyen de la conscience et de la connaissance. » Et Keizan ajoute, afin qu’on ne se méprenne pas : « Mais conscience et connaissance s’avèrent aussi cette sagesse ». Complète ouverture à tout ce qui advient, à l’image de ce maître contemporain dont nous parle Lex Hixon dans son merveilleux « Living Buddha Zen »3, qui répondait souvent à ses élèves, sans aucune ironie mais avec une bienveillance et une compassion infinie : « C’est une autre façon merveilleuse de voir les choses ! », le plus infime sentiment de supériorité et d’autosatisfaction disparu…
Qui peut encore s’imaginer déchoir dans ce vaste ouvert sans bord ? Puisque, comme nous le dit Keizan, depuis l’origine, il n’y a jamais eu de frontière ni de délimitation, on ne peut pas chercher le chemin, pas même sous nos pieds, sans le perdre. Rien que cette vaste ouverture sans bord, changeant d’instant en instant, sans sujet ni objet, sans particularité. Tout, absolument tout est ce vaste espace sans bord. Une danse sans chemin ni trace au coeur de l’obscurité rayonnante…
« La voie des oiseaux va et vient, toujours effaçant ses traces
Comment pourrait-on, en ce profond chemin, rechercher des niveaux ? »
Et pour finir, ces quelques mots d’Erri De Luca s’imposent en écho au poème de Keizan :
Un paysage, c’est là où l’air ne cogne pas aux murs, là où les yeux peuvent libérer leurs dioptries
librement jusqu’à l’horizon. Un paysage, c’est là où notre espèce humaine est en minorité face aux
oiseaux, aux arbres et aux poissons. »4
1 Toutes les citations en italique sont issues du Denkōroku, le trente-quatrième Patriarche, le grand maître Qīngyuán Xíngsī , traduit par jean Nyojō Rat, sauf mention contraire.
2 Dōgen, Shōbōgenzō, Menju.
3 Lex Hixon, Living Buddha Zen, Larson Publications, 1995
4 Erri De Luca, Napolide, OEuvres choisies, Quarto Gallimard

Similaire

Une vie des plus simples
mokushin.sensei

Articles récents

  • La voie des oiseaux
  • Une vie des plus simples
  • Anacyclique
  • Zazen n’est pas une méthode
  • Gratitude

Catégories

  • Actualités
  • Enseignements
  • Ermitage Myounsansuian
  • La cuisine de la bienveillance
  • Lieux de pratique
  • Sangha des Montagnes et des Nuages Poitiers
Politique de confidentialité - Cookies - Imprint
Thème par Colorlib Propulsé par WordPress
Gérer le consentement aux cookies
Pour offrir les meilleures expériences, nous utilisons des technologies telles que les cookies pour stocker et/ou accéder aux informations des appareils. Le fait de consentir à ces technologies nous permettra de traiter des données telles que le comportement de navigation ou les ID uniques sur ce site. Le fait de ne pas consentir ou de retirer son consentement peut avoir un effet négatif sur certaines caractéristiques et fonctions.
Fonctionnel Toujours activé
Le stockage ou l’accès technique est strictement nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de permettre l’utilisation d’un service spécifique explicitement demandé par l’abonné ou l’utilisateur, ou dans le seul but d’effectuer la transmission d’une communication sur un réseau de communications électroniques.
Préférences
Le stockage ou l’accès technique est nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de stocker des préférences qui ne sont pas demandées par l’abonné ou l’utilisateur.
Statistiques
Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement à des fins statistiques. Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement dans des finalités statistiques anonymes. En l’absence d’une assignation à comparaître, d’une conformité volontaire de la part de votre fournisseur d’accès à internet ou d’enregistrements supplémentaires provenant d’une tierce partie, les informations stockées ou extraites à cette seule fin ne peuvent généralement pas être utilisées pour vous identifier.
Marketing
Le stockage ou l’accès technique est nécessaire pour créer des profils d’utilisateurs afin d’envoyer des publicités, ou pour suivre l’utilisateur sur un site web ou sur plusieurs sites web ayant des finalités marketing similaires.
  • Gérer les options
  • Gérer les services
  • Gérer {vendor_count} fournisseurs
  • En savoir plus sur ces finalités
Voir les préférences
  • {title}
  • {title}
  • {title}